La vie de l'intelligence
Introduction à la philosophie par Frédéric Tavernier
30/03/2014 21:50
Pour beaucoup d’entre nous, la philosophie se résume en quelques souvenirs de ce que nous avons reçu en classe de terminale au lycée. Beaucoup de notions survolées rapidement pour suivre le programme imposé, un panorama historique de l’histoire de la philosophie des origines à nos jours, puis quelques oeuvres lues soit directement soit à travers leurs commentaires. Nous avons à l’esprit quelques grands noms de philosophes, quelques grands esprits, qui ont marqué notre civilisation actuelle. Mais qu’est-ce que la philosophie et pourquoi faire de la philosophie ? Il nous faut trouver une porte d'entrée...Elle peut être différente pour chacun d’entre nous.
L’histoire de la philosophie
Les uns aiment l’histoire de la philosophie. C’est une approche par le point de vue du développement de la pensée humaine à travers les époques, les régions, les écoles, les courants. Cela peut être passionnant l’histoire de la philosophie. C’est un résumé des grandes opinions qui se sont exprimées au cours de l’histoire humaine et qui ont influencé ou façonné diversement les différentes civilisations. Personne ne doute, par exemple, que l’histoire de la philosophie grecque nous fait découvrir la fécondité particulière de l’esprit humain, dans l’ordre de la pensée, qui s’est manifestée de l’Asie mineure jusqu’en Sicile en passant par Athènes et Rome. Personne ne pourrait nier l’influence des grandes idéologies athées du XIXe siècle sur notre civilisation actuelle
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La logique et l’épistémologie
D’autres sont plus sensibles aux sciences et à la logique. On a souvent considéré que la logique était la porte d’entrée en philosophie. Dans la scolastique, la logique était la propédeutique à toute formation philosophique. N’est-elle pas un outil pour apprendre à bien penser ? Aristote l’appelait l’organum pour que l’on comprenne bien qu’elle n’est qu’un outil de la pensée. Mais pour beaucoup la logique semble être synonyme de rigueur et permettre à la pensée philosophique de se structurer de manière telle qu’elle ne puisse être prise en défaut par quelque contradicteur. Le raisonnement semble être l’arme principale du philosophe.
La conscience
D’autres pensent que le point de départ de la réflexion philosophique serait la conscience : se penser soi-même comme sujet de la pensée, sujet des actes que l’on pose. « Je pense donc je suis » affirmait Descartes. La conscience de soi, soi empirique ou soi transcendantal, jouera un rôle majeur dans le développement de la méthode phénoménologique dont l’influence sera grande sur le monde universitaire depuis le XXe siècle.
L’expérience intérieure
De nombreux philosophes ont privilégié l’expérience intérieure, expérience de l’amour, de la pensée, de l’inspiration ou encore de l’intuition dans le développement de leur pensée
philosophique. L’expérience intérieure spirituelle nous met face à la vie intime de l’âme dans ses différentes opérations. Pour saint Augustin, le coeur de cette vie intérieure est l’esprit (mens) et les deux opérations principales de l’esprit sont la connaissance (notitia) et l’amour (amor). L’expérience de la vie spirituelle nous fait découvrir les profondeurs de l’intériorité humaine, les formes différentes que prend le domaine de l’intentionnalité. Parmi toutes ces expériences, certains philosophes, comme Plotin, se tourneront vers l’expérience mystique.
L’expérience sensible de l’étant
L’habitation du monde nous met en contact permanent avec des étants sensibles qui constituent notre environnement extérieur et intérieur. Notre corps est sensible et ouvert diversement à tout ce qui est un étant sensible. Cette expérience des étants dans ce monde commun à tous est une expérience quotidienne. Les sens nous permettent d’être ouverts sur tout ce qui est proche de nous. Notre être-au-monde est un être-au-monde par la qualité. L’expérience de l’étant sensible n’est pas seulement sensible… Nous découvrons les déterminations qui donnent à chaque étant ses spécifications, son caractère. Elles déterminent ce qu’il est.
Le point de départ de la philosophie
Notre être au monde est ouverture au monde par ses déterminations, par ses qualités. Aussi, la première démarche du philosophe est-elle d’interroger les étances sensibles pour découvrir ce qu’elles sont en elles-mêmes. L’interrogation manifeste la curiosité de l’intelligence face à l’étant. L’expérience de l’étant, de tout étant dans ce monde commun à tous, est le point de départ premier pour le philosophe. C’est la compréhension de « ce qui est » qui finalise toute sa recherche. Mais l’étant, c’est d’abord moi-même. Je suis ce Dasein, cet être-là, présent dans ce monde commun à tous et mon être est ouvert à tout ce qui est.
Deux grandes orientations dans la philosophie
Le philosophe comprend progressivement que sa recherche doit se développer selon deux grands axes : un axe qui interroge le Dasein dans ses activités, multiples et diverses, et un axe qui interroge toutes les étances sensibles qui sont dans ce monde commun à tous : celles qui sont dans le devenir, dans le Règne du Mouvant, celles qui, dans ce monde, possèdent la capacité de se mouvoir par ellesmêmes les vivants, et enfin le Dasein, l’homme qui seul, parmi toutes les autres réalités peut dire : « Je suis ». L’homme est le seul étant dont l’être est ontologique… Il est et il a à être…
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